Chaque personne vit une situation unique face au cancer. Il faut gérer les premiers temps, juste après l’annonce du diagnostic, faire face à de nombreuses émotions puis à de profonds bouleversements dans sa vie quotidienne, dans les relations avec son conjoint, sa famille et son entourage. Il faut prendre des décisions, envisager l’avenir sous un nouveau jour, et ce n’est pas toujours évident.
Les médecins et équipes soignantes sont là pour en parler et envisager avec la personne âgée différentes solutions en fonction de ses besoins. Il existe par ailleurs de nombreuses associations, qui sont là pour soutenir les malades et leurs proches. La douleur, la fatigue, les effets secondaires des traitements mais aussi les répercussions psychologiques de la maladie ne doivent pas être négligés. Et c’est d’autant plus difficile que chez la personne âgée, la manifestation de la douleur ou de certains symptômes psychologiques n’est pas toujours facile à identifier.
Pour les seniors atteints d’un cancer, on cherche le plus souvent à favoriser l’hospitalisation à domicile, afin de ne pas provoquer une rupture trop importante dans la vie du malade. Après la phase initiale du traitement, il est donc nécessaire de s’interroger sur le retour à domicile pour qu’il s’effectue dans les meilleures conditions possibles. Des modifications au niveau de l’habitat mais aussi de l’organisation de la vie quotidienne doivent alors être envisagées.
D’après le ministère de la Santé, sur le plan fonctionnel, 17 à 22 % des patients âgés atteints d’un cancer sont dépendants pour au moins une des activités de la vie quotidienne. Ce sont donc particulièrement les personnes âgées « fragiles » (polypathologiques, très âgées, ayant des troubles des fonctions supérieures…) qui posent le plus de difficultés dans la prise en charge oncologique. L’isolement social est aussi un facteur très important. On sait ainsi d’après les chiffres de l’Insee que seulement une femme sur cinq âgées de plus de 75 ans vit en couple alors que c’est le cas pour deux tiers des hommes de cette tranche d’âge. Le faible niveau de ressources et l’isolement familial sont aussi à prendre en compte.
L’émergence de l’oncogériatrie en France depuis une dizaine d’années est un message d’espoir pour les malades les plus âgés. Cela signifie qu’ils vont pouvoir bénéficier d’une meilleure prise en charge, adaptée à leurs conditions physiques, psychologiques et sociales. Cela donne aussi un nouvel élan à la recherche oncologique qui jusque là avait tendance à laisser de côté les malades de plus de 75 ans.
Enfin, cela signifie que de plus en plus, ces patients là seront traités non pas en fonction uniquement de leur âge mais bien de leur maladie, et donc avec de plus grands espoirs en matière de guérison et de maintien de la qualité de vie.
La perception sociale du cancer chez la personne âgée. Même si la population des sujets âgés est hétérogène, l'attitude générale envers elle a influencé le traitement des cancers. Malheureusement de nombreux spécialistes associent encore grand âge et pronostic médiocre, espérance de vie diminuée et moindre valeur sociale. C'est pourquoi les personnes âgées bénéficient d’une moins bonne surveillance des cancers, de moins d'investigations, de traitements moins agressifs, voire parfois d'aucun traitement. D’après le ministère de la Santé, l'existence de limite supérieure d'âge dans les campagnes de dépistage du cancer concourt à semer le doute quant à l'intérêt d'un tel dépistage chez les personnes âgées, alors que cette limite est liée à une diminution de l’incidence et du rapport bénéfices risques du dépistage organisé. De leur côté, les patients âgés ont plus fréquemment l'idée que le cancer est incurable, ayant une mauvaise connaissance des progrès réalisés.
Dossier réalisé avec le concours du Pr Olivier Saint-Jean, chef du service de gériatrie à l'Hôpital européen Georges Pompidou (Paris) et responsable de l'unité pilote en oncogériatrie de l'ouest parisien.
Dernière mise à jour : 08-02-2011