Avant et pendant le traitement
Après le choc lié à l’annonce de la maladie, le patient doit progressivement s’impliquer dans sa prise en charge. Acteur de sa maladie, il ne perd pas pied et évite les fortes baisses de moral, voire de sombrer dans un épisode dépressif. Évidemment, le soutien de ses proches, l’écoute et l’empathie du personnel soignant sont essentiels à cette démarche. Ces échanges facilitent l’acceptation de la maladie et, à terme, l’efficacité des traitements.
Par ailleurs, le patient peut recourir à une écoute ou une aide psychologique : au sein des services médicaux, un spécialiste, psychologue ou psycho-oncologue, est généralement disponible pour écouter et échanger. Dans le cas contraire, il ne faut pas hésiter à demander une telle orientation à son médecin. Enfin, les associations de patients sont très actives dans ce domaine. Il existe des permanences téléphoniques et des groupes d’échange permettant aux patients ou aux proches de dialoguer avec des personnes touchées directement ou indirectement par le cancer.
Après le traitement
Comme il est impossible d’assurer qu’aucune cellule cancéreuse ne subsiste après le traitement, même si les signes de maladie ont disparu, il est préférable de parler de rémission dans le cas du cancer au moins pendant 5 à 7 ans. Durant cette période, la surveillance régulière est essentielle pour prévenir au plus tôt tout début de récidive. Au-delà on peut parler de guérison. Même en cas de métastases, les progrès réalisés qui ont permis de mieux maîtriser la maladie, avec une durée de survie plus longue et surtout une meilleure qualité de vie, font que le cancer devient de plus en plus une maladie chronique.
Paradoxalement, la fin des traitements peut être déstabilisante. Souvent les malades ont le sentiment d’être abandonnés, vivent avec la peur d’une récidive, se sentent parfois en décalage avec leur entourage ; d’où l’importance du soutien des proches et des soignants pour verbaliser ces bouleversements et retrouver confiance et équilibre. Après une longue lutte contre la maladie, la fin du traitement implique une reconstruction psychologique et sociale (reprise de l’activité professionnelle, des loisirs, du sport, des voyages...).
Enfin, il faut apprendre à vivre avec les conséquences esthétiques et fonctionnelles liées à la localisation des tumeurs ORL. Certaines d’entre elles (nez, bouche, oropharynx) imposent des modifications importantes de l’harmonie du visage, qui sont souvent difficiles à accepter. Les conséquences sur les fonctions de base que sont la respiration, l’alimentation et la phonation doivent aussi être acceptées. Outre un soutien psychologique et un accompagnement psychosocial fort, des moyens existent pour réduire le handicap induit par ces maladies.
Les conséquences de cette chirurgie sont très angoissantes. La perte de la voix et le trachéostome peuvent constituer un traumatisme pour le patient et compromettre sa réinsertion sociale et professionnelle. Parallèlement, la perte de l’odorat et en partie du goût, l’impossibilité de se baigner sont des conséquences moindres dont le retentissement sur la qualité de vie est malgré tout notable.
L’accompagnement médical et psychosocial est essentiel et sera assuré par l’équipe en charge du patient. Des outils ont été développés pour aider les patients à retrouver une vie quotidienne aussi normale que possible.
Réadaptation de la respiration
La laryngectomie impose la réalisation d’un trachéostome assurant l’arrivée de l’air jusqu’aux poumons. Le patient doit réapprendre à respirer par ce dispositif, car l’arrivée de l’air dans les poumons se fait différemment. Des séances de kinésithérapie sont proposées au patient pour retrouver une technique de respiration normale et réapprendre à gérer les efforts à travers cette nouvelle voie respiratoire.
Au quotidien, le patient doit apprendre à vivre avec le trachéostome : il doit se doucher précautionneusement, il ne peut ne plus se baigner, il doit savoir éliminer les sécrétions trachéales seul ou à l’aide d’un aspirateur spécifique… Il doit aussi savoir poser un filtre afin de limiter l’introduction de poussières ou de petites particules. Ce filtre assure aussi un réchauffement et une humidification de l’air inspiré, qui étaient auparavant assurés par le trajet de l’air depuis les fosses nasales jusqu’au larynx.
Retrouver une voix
Normalement, l’air des poumons fait vibrer les cordes vocales, ce qui permet la formation d’un son modulé par les lèvres et la bouche.
Chez le laryngectomisé, la perte des cordes vocales portées par le larynx induit la perte de la phonation. Elle peut être palliée par plusieurs moyens :
À la suite de l’opération, une alimentation entérale est mise en place, le temps de la cicatrisation. Par la suite, la déglutition peut être nettement perturbée, notamment avec les éléments liquides. Des séances de réadaptation du temps de mastication-déglutition, une adaptation de la texture des aliments permettra d’acquérir à nouveau une déglutition fonctionnelle.
L’amputation de la langue ou du plancher buccal va avoir un impact important sur la phonation et la mastication. Une rééducation vocale est proposée très rapidement au patient dans l’établissement même, dans un centre spécialisé ou chez un spécialiste libéral (phoniatre, orthophoniste). Le réapprentissage de la mastication et l’adaptation de la texture des aliments sont également utiles pour que le patient retrouve une qualité de vie acceptable.
Ce dossier a été réalisé avec le concours du Pr Patricia Beutter, chef du service ORL et de chirurgie cervico-faciale du CHU de Tours.
Dernière mise à jour : 08-02-2011