Préciser un diagnostic de cancer et connaître le pronostic de la maladie à partir d’un simple échantillon de sang, tel est l’objectif du Pr Pierre Laurent-Puig. Le chercheur et son équipe travaillent à la mise point d’une méthode qui permettrait de connaître les caractéristiques moléculaires précises d’une tumeur en étudiant les traces qu’elle relargue dans le sang des patients.
De l’ADN tumoral circulant dans le sang. Il est en effet possible de détecter la présence d’une tumeur n’importe où dans l’organisme par l’intermédiaire d’une analyse de sang : lorsqu’elles meurent, les cellules tumorales déversent en effet leur contenu dans la circulation sanguine. Ainsi, le sang d’un patient atteint de cancer contient des molécules d’ADN tumoral. L’analyse de ces molécules permet d’obtenir de nombreuses informations sur la maladie qui touche le patient : elles peuvent en effet présenter des particularités associées à l’évolution probable du cancer, son agressivité, son risque de rechute après un traitement local, sa sensibilité aux traitements existants…
Toutefois, un obstacle technique important se heurte à l’utilisation de cette méthode de diagnostic : les molécules d’ADN tumoral ne sont retrouvées dans le sang qu’en quantité extrêmement faible. Cela rend leur analyse particulièrement difficile. Les méthodes classiquement utilisées pour réaliser de telles analyses fonctionneraient si l’ADN tumoral représentait 1 à 0,1 % des molécules d’ADN présent dans le sang des patients, mais elles représentent souvent moins de 0,01 %.
Une nouvelle méthode d’analyse. Les travaux de l’équipe du Pr Laurent-Puig visent à pallier ce problème. Les chercheurs développent en effet une nouvelle méthode d’analyse baptisée eDIAG, en collaboration avec l’équipe de Valérie Taly (université de Strasbourg). Leur objectif est d’utiliser cette technique pour identifier des particularités génétiques susceptibles de prédire les risques de rechute chez des patients atteints de cancers colorectaux. La méthode sera testée chez 210 personnes atteintes de cancers colorectaux de stade II ou III. Les analyses seront réalisées à partir d’échantillons de sang prélevés au moment du diagnostic, puis au cours du traitement et du suivi des patients.
Si les résultats de cette étude sont positifs, cette méthode pourrait entraîner une amélioration significative de la prise en charge des malades : il serait en effet possible d’identifier les patients les plus à risque dès le moment du diagnostic, puis de détecter les éventuelles récidives à des stades très précoces. Les traitements seraient alors adaptés à la situation, afin de donner aux patients les meilleures chances face à la maladie.
Crédit photo : iStockPhoto