Le traitement de référence des cancers de la vessie est la chirurgie. Son objectif est de retirer la ou les tumeurs, afin de limiter la progression de la maladie et de réduire les risques de récidives. Il existe plusieurs types d’opérations en fonction du stade de la tumeur : lorsque le cancer a un faible risque métastatique de récidive, l’ablation de la tumeur est suffisante. Lorsque le risque de métastase est élevé, l’ablation de la vessie est nécessaire.
Principe et déroulement
La résection endoscopique est un traitement conservateur : la vessie n’est pas retirée. Seules la ou les tumeurs sont enlevées. Elle est principalement utilisée pour retirer les tumeurs superficielles de la vessie. Elle est aussi utilisée pour mieux évaluer la nature des tumeurs infiltrantes et décider du traitement à proposer par la suite. L’opération a lieu sous anesthésie générale ou sous rachi-anesthésie, une forme d’anesthésie qui insensibilise uniquement le bas du corps. Les instruments sont introduits jusqu’à la vessie par le biais de l’urètre. Il s’agit d’un tube optique qui permet au chirurgien de visualiser ses gestes, et d’un « résecteur » qui va permettre de retirer ou de « raboter » la tumeur. Les tumeurs superficielles sont retirées entièrement. Les tumeurs infiltrantes sont au moins « rabotées » jusqu’à la couche musculaire de la paroie de la vessie. À la fin de l’intervention, une sonde urinaire est mise en place pour un à deux jours afin de drainer la vessie. L’hospitalisation dure deux à quatre jours. Les tissus retirés sont analysés par microscopie pour confirmer le stade et le grade de la tumeur. En cas de tumeurs infiltrantes, cette étape va permettre de décider du traitement ultérieur à proposer au patient : retrait partiel ou total de la vessie (cystectomie partielle ou totale), ou encore traitement général par chimiothérapie et/ou radiothérapie lorsque le cancer est trop étendu pour que le patient tire un bénéfice de l’ablation de la vessie.
Les effets secondaires
Dans les jours suivant l’opération, le patient peut ressentir des douleurs abdominales ou des brûlures lors des mictions. Du sang peut être retrouvé dans les urines. Pour faciliter l’élimination des saignements et le risque de formation de caillots, il est conseillé de boire beaucoup d’eau pendant les quelques semaines suivant l’opération. Si un ou des saignements apparaissent après quelques semaines, il faut consulter son médecin.
La cystectomie totale
Il s’agit du traitement de référence de toutes les tumeurs infiltrantes. Elle est aussi utilisée lorsqu’une tumeur superficielle récidive rapidement après la résection endoscopique ou après les instillations intra-vésicales. La cystectomie totale est réalisée sous anesthésie générale. La paroi abdominale est incisée. La première partie de l’opération consiste à retirer les ganglions lymphatiques voisins de la vessie : on appelle cette opération un curage ganglionnaire. Les ganglions sont analysés immédiatement afin de voir s’ils ont été envahis par des cellules tumorales. Si c’est le cas, l’intervention est parfois suspendue. Le patient sera alors orienté vers un traitement par chimiothérapie. Si aucune cellule cancéreuse n’est mise en évidence dans les ganglions, l’opération se poursuit. La vessie est retirée. La plupart du temps, d’autres organes voisins doivent aussi être enlevés : prostate et vésicules séminales chez l’homme, ovaires, utérus et une partie du vagin chez la femme. Si une atteinte tumorale de l’urètre est constatée, il est également retiré.
Les nouveaux circuits de dérivation
Le chirurgien doit ensuite créer un nouveau circuit de dérivation des urines en remplacement de la vessie. Trois alternatives sont possibles. Elles sont présentées et discutées avec le patient avant l’opération :
La durée totale de l’hospitalisation dans le cadre d’une cystectomie totale est d’une quinzaine de jours.
La cystectomie partielle est une alternative intéressante : effectivement, elle permet de retirer seulement la partie de la vessie portant la tumeur tandis que l’autre partie reste en place pour assurer les fonctions normales de la vessie. Mais en pratique cette option n’est possible que dans 5 % des tumeurs infiltrantes ; dans les autre cas, le risque de récidive est trop important.
Les suites immédiates de la cystectomie
La douleur est la principale conséquence de la cystectomie. Elle est traitée par des antalgiques dont la nature et les doses sont adaptées à l’intensité de la douleur ressentie. Dans les jours suivant l’intervention, le patient est nourri par une sonde qui passe par le nez pour apporter les éléments nutritifs directement dans l’estomac. Puis, l’alimentation normale est reprise petit à petit. Enfin, deux fonctions de l’organisme sont immédiatement et durablement touchées par la cystectomie :
La chimiothérapie est le traitement de référence des tumeurs vésicales qui ont métastasées. Elle utilise généralement plusieurs molécules administrées par voie intraveineuse. Ces associations de molécules, appelées protocoles, sont standardisées : dans le cancer de la vessie, on utilise souvent le protocole « MVAC » qui associe quatre médicaments – le méthotrexate, la vinblastine, l’adriamycine et le cisplatine – mais d’autres combinaisons peuvent être utilisées comme la bithérapie gemcitabine-cisplatine ou le VAC (vinblastine, adriamycine, cisplatine).
La chimiothérapie peut aussi être envisagée pour traiter des tumeurs infiltrantes non métastatiques, lorsque la cystectomie est contre-indiquée ou lorsque le patient refuse l’opération. Dans ce cas, la chimiothérapie est associée à la radiothérapie. On parle de radio-chimiothérapie concomitante. Ce protocole combine une irradiation locale modérée au niveau du bassin (rayons X, gamma, photons ou électrons) et des médicaments anticancéreux comme le cisplatine. L’utilisation de la radiothérapie seule n’est pas recommandée : elle est cependant utilisée lorsque la chimiothérapie est contre-indiquée. Elle permet principalement d’améliorer la qualité de vie des patients en réduisant la présence de sang dans les urines. Elle est aussi envisagée pour traiter les métastases que le cancer a formé à distance : l’irradiation réduit la taille des métastases et, par conséquent, les symptômes qui leur sont liés.
Les effets secondaires de la chimiothérapie
Chacune des molécules utilisées est responsable de plusieurs effets secon-daires qui lui sont spécifiques, mais les patients présentent rarement l’ensemble de ces évènements. Globalement, les principaux effets secondaires que rencontrent les patients traités par MVAC sont :
la diminution du nombre de globules blancs dans le sang, qui peut augmenter le risque d’infection ;
Des traitements adaptés peuvent être proposés pour traiter chacune de ces manifestations, en fonction de leur sévérité. L’association gemcitabine-cisplatine semble provoquer moins d’effets secondaires que le protocole MVAC.
Les effets secondaires de la radiothérapie
La radiothérapie n’est pas douloureuse mais elle peut entraîner une gêne ou une douleur au niveau des zones irradiées. La peau peut y prendre l’aspect d’un coup de soleil, en devenant rouge et douloureuse. Le patient peut aussi être fatigué, avoir moins d’appétit, souffrir de nausées ou de diarrhées, présenter des douleurs abdominales. Toutes ces manifestations sont généralement transitoires et disparaissent quelques temps après la fin du traitement. Une cystite radique peut apparaître avec des saignements répétés.
Ce dossier a été réalisé avec le concours du Pr Pascal Rischmann, chef du service urologie au CHU de Toulouse.
Dernière mise à jour : 08-02-2011