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Pierre Chambon : portrait d’un pionnier de la génétique moléculaire

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Professeur honoraire au Collège de France et Professeur émérite à l’Université de Strasbourg, il est un des précurseurs de la biologie et de la génétique moléculaire des vertébrés. Ses travaux ont fortement contribué aux connaissances sur la structure des gènes et sur leurs régulations au cours du développement et de la vie d’un individu. Ses découvertes ont eu un rôle majeur dans l’émergence de nouvelles pistes thérapeutiques contre le cancer.

Après des études de médecine, Pierre Chambon entreprit, à la fin des années 50, des activités d’enseignement et de recherche dans le cadre de l’Institut de Chimie Biologique de la Faculté de Médecine de Strasbourg. A la fin des années 70, il fut nommé à la tête d’une unité de l’INSERM et d’un laboratoire du CNRS, avant de fonder et de diriger, de 1994 à 2002, l’un des premiers centres de recherche européens en biomédecine : l’Institut de Génétique et de Biologie Moléculaire et Cellulaire (IGBMC) à Illkirch. Il lui associa en 2001 la Clinique de la Souris qu’il dirigea jusqu’en 2006. Aujourd’hui en retraite «active», il satisfait sa passion pour la recherche en dirigeant une petite équipe au sein de l’IGBMC.

De la structure des gènes aux mécanismes de production des protéines

Les premiers travaux de Pierre Chambon ont porté sur l’organisation de l’ADN. Par exemple, avec ses collaborateurs, ils ont été les premiers, en 1977, à décrire la structure des gènes qui composent l’ADN. Ils ont établi que les gènes sont constitués de deux types de séquences : d’une part, les exons qui servent à produire les protéines ; d’autre part, les introns qui sont éliminées au cours de cette production. Pierre Chambon a aussi mis à jour différents mécanismes qui régulent l’expression ou non d’un gène. On dit qu’un gène est exprimé lorsque dans une cellule donnée, ce gène est « allumé » ce qui conduit à la production d’une protéine spécifique nécessaire au fonctionnement de cette cellule. Il a non seulement décrit des séquences de l’ADN qui contrôlent l’expression des gènes mais également les groupes de molécules qui se fixent sur ces séquences et orchestrent ce processus. Pierre Chambon et son équipe ont identifié et cloné un de ces groupes de molécules : les récepteurs nucléaires.

La découverte des récepteurs nucléaires aux hormones

Ils sont ainsi nommés car contrairement à la majorité des récepteurs qui sont à la surface des cellules, les récepteurs nucléaires sont dans le noyau, à proximité de l’ADN. Il en existe plusieurs types sur lesquels certaines hormones vont spécifiquement se fixer. Lorsqu’une hormone donnée se lie au récepteur qui lui est dédié, celui-ci va à son tour se fixer sur des séquences de l’ADN qui lui sont spécifiques. Il va alors réguler l’expression des gènes qui se trouvent à proximité. Pierre Chambon a ainsi étudié le mode d’action des récepteurs nucléaires des hormones stéroïdiennes telles que les œstrogènes, la progestérone, les glucorticoïdes ainsi que des hormones thyroïdiennes. Afin de pouvoir analyser au mieux ces récepteurs, l’équipe de Pierre Chambon a été la première, en 1985, à cloner le gène du récepteur des œstrogènes.

L’émergence de nouvelles cibles thérapeutiques

Les récepteurs nucléaires sont une famille de molécules impliquées dans une grande variété de processus biologiques mais aussi dans différentes pathologies dont de nombreux cancers. Ainsi, les découvertes de Pierre Chambon sur ces différents récepteurs ont donné une très forte impulsion à l’émergence de pistes thérapeutiques. Par exemple, les récepteurs nucléaires, dont la perturbation de l’activité est souvent responsable du développement des cancers du sein, de la prostate ou de certaines leucémies, peuvent être ciblés par des molécules qui restaurent leur activité normale et ainsi ralentissent la croissance de la tumeur. Dans les années 90, Pierre Chambon a également entrepris des travaux sur les cancers du sein dépendants des œstrogènes. Il a notamment isolé des gènes qui sont spécifiques de ce type de cancer. Avec son équipe, il a par exemple découvert un mécanisme qui explique comment les cellules tumorales du sein sont capables d'envahir le tissu sain.

Une notoriété scientifique internationale

Pierre Chambon est l'auteur de plus de 800 publications dans des revues scientifiques internationales dont les plus prestigieuses. Médaille d’Or du CNRS en 1979, il fut récompensé en 1987 par le Prix ARC Léopold Griffuel pour sa contribution à la génétique moléculaire. Ses travaux sur les récepteurs nucléaires ont été d’une telle importance pour la compréhension des mécanismes de modulation de l’expression des gènes qui lui ont valu de recevoir en 2004 le Prix Lasker et en 2010 le Prix Gairdner, deux prestigieux prix reçus par de nombreux lauréats de Prix Nobel. Pierre Chambon est considéré comme l’un des chercheurs français qui pourrait obtenir un Prix Nobel de chimie ou de médecine.

Soutien de l’ARC aux recherches de Pierre Chambon

L’ARC a soutenu les recherches menées par Pierre Chambon de 1980 à 1999 pour un montant global d’un peu plus de 3,9 M€.

Ses travaux sur les mécanismes moléculaires contrôlant l’expression des gènes qui ont contribué à éclairer le processus de développement des cancers ont été financés à hauteur d’un peu plus de 535 000€. Ses recherches sur la génétique moléculaire des tumeurs malignes du sein ont été subventionnées pour environ 168 000€.

Le soutien de l’ARC aux travaux de Pierre Chambon s’illustre aussi par des financements accordés pour développer des structures de recherche, dont par exemple 2,29 M€ pour la création de l’IGBMC.

 

Crédit photo : Khanh-Phung Doan

Dernière mise à jour : 13-07-2011

 

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