Bon nombre de personnes âgées mettent sur le compte du vieillissement leurs soucis de santé, et hésitent à aller consulter leur médecin lorsque surviennent de nouveaux symptômes. Des manifestations telles qu’un amaigrissement, une fatigue persistante ou des troubles de la digestion sont banalisées alors qu’elles peu-vent être des signes d’alerte d’une maladie en plein développement. Les médecins eux-mêmes, lorsqu’ils sont consultés, ont tendance à s’orienter vers d’autres pathologies liées à l’âge.
Le diagnostic des cancers chez les personnes âgées est d’autant plus difficile que bon nombre des recommandations quant au dépistage s’arrêtent au delà d’un certain âge. Il existe donc un certain retard au diagnostic, surtout pour les plus de 74 ans. Il en découle bien souvent une gravité plus importante de la maladie au moment où elle est diagnostiquée. En outre, ces personnes présentent bien souvent, en plus de leur cancer, des pathologies liées à l’âge comme une maladie cardiovasculaire, de l’arthrose, voire une maladie d’Alzheimer.
Contrairement à une idée reçue, les cancers ne sont pas forcément moins graves ou moins rapides à évoluer chez les personnes âgées. La caractéristique de l’oncogériatrie est de prendre en charge des malades atteints de cancer dont l’organisme est bien souvent affaibli par d’autres pathologies ce qui en complique donc la prise en charge et en aggrave le pronostic.
Ainsi, les médecins adaptent leurs traitements en fonction de l’état de santé de leurs malades. La présence par exemple d’une insuffisance rénale ou d’une affection cardiovasculaire en plus du cancer amène à reconsidérer la prise en charge du cancer lui-même. C’est pour cette raison que se développe de nos jours des unités d’oncogériatrie, dont le rôle est d’associer la prise en charge générale de l’ensemble des pathologies du patient âgé, et celle spécifique à son cancer.
D’après un rapport du ministère de la Santé, on observe chez les patients âgés cancéreux, une prévalence de 20 à 30 % des pathologies cardiaques, 21 à 36 % des pathologies vasculaires, 14 à 25 % des pathologies pulmonaires, 30 à 40 % des pathologies de l'appareil locomoteur et 25 à 30 % d'altération des fonctions cognitives. Ce sont autant de symptômes qui peuvent perturber la lecture des signes cliniques lorsqu’il s’agit d’établir un diagnostic de cancer chez une personne âgée.
D’après l’Institut de veille sanitaire (InVS), l’origine professionnelle des cancers semble fortement suspectée dans 4 à 8,5 % des cas, ce qui représente entre 11 000 et 23 000 nouveaux cas par an dont la moitié sont des cancers mortels. Pour les ouvriers, la part des cancers attribuables aux expositions professionnelles serait de 20 %. De nombreux types de cancers sont concernés, notamment ceux des voies respiratoires, de la plèvre, de la vessie… Ainsi, plus de 15% des cancers du poumon chez l’homme auraient une origine professionnelle.
Dans la majorité des cas, les cancers d’origine professionnelle se déclenchent plusieurs dizaines d’années après l’exposition à une substance cancérigène, il est donc bien souvent diagnostiqué lorsque le travailleur est à la retraite. Il n’est alors pas toujours évident pour le médecin à l’origine du diagnostic de cancer de faire un lien avec l’activité professionnelle de son patient. Le médecin traitant pourra se procurer auprès de la CPAM une liste des professions et des produits « à risque ».
Dossier réalisé avec le concours du Pr Olivier Saint-Jean, chef du service de gériatrie à l'Hôpital européen Georges Pompidou (Paris) et responsable de l'unité pilote en oncogériatrie de l'ouest parisien.
Dernière mise à jour : 08-02-2011