De fortes disparités sociales existent face au cancer. Et elles augmentent. Une récente étude de l’Institut National de Veille Sanitaire (INVS) l’a récemment souligné. A lire cette enquête, le cancer a « un rôle majeur dans les inégalités sociales » même si cette problématique ne lui est pas spécifique.
En matière de cancer, les inégalités de santé peuvent exister à deux niveaux : sur le risque de survenue de la maladie – que l’on mesure par l’incidence – et sur les conditions de prise en charge des malades – dont on mesure l’efficacité avec la survie des patients.
En ce qui concerne l’incidence de la maladie, les disparités s’expliquent en grande partie par des expositions différentes aux facteurs de risque. C’est le cas de la consommation d’alcool ou de tabac, plus fréquente dans les milieux défavorisés. Illustration : sur la période étudiée par l’INVS, les cancers des voies aéro-digestives ou VADS (cavité buccale, larynx, pharynx) « représentent entre 30 et 40% des décès par cancer en excès observés parmi les hommes sans diplôme par rapport à ceux ayant un diplôme supérieur ou égal au Baccalauréat ».
La situation des cancers des VADS est également révélatrice des inégalités de survie. Ainsi, plus le niveau de revenu d’un malade est faible, moins sa chance de survivre à un de ces cancers est grande. Autre illustration avec le cancer du sein : alors que les femmes ayant un niveau social élevé sont davantage touchées par le cancer du sein – l’âge de la première grossesse et le nombre de grossesses sont des facteurs identifiés – c’est pourtant dans cette catégorie sociale que l’on retrouve le plus faible taux de mortalité. En résumé, le pronostic le plus sombre est toujours le lot des catégories sociales les plus défavorisées.
Face à ce constat alarmant, la recherche est confrontée à une double mission : identifier les causes c'est-à-dire comprendre les mécanismes qui produisent une telle inégalité et contribuer à l’adaptation des politiques publiques et à leur efficacité. Les fortes disparités constatées présentent un risque d’écueil pour les stratégies de prévention mises en œuvre (comme le dépistage organisé par exemple) ou l’accès aux soins.
C’est également l’accès de tous aux progrès scientifiques et aux avancées de la recherche médicale qui est en jeu ici. Par exemple, à propos du cancer du sein, les chercheurs de l’InVS avancent l’hypothèse que l’amélioration de la prise en charge thérapeutique « pourrait avoir augmenté les inégalités sociales de mortalité si l’accès au traitement, la qualité du traitement ou le dépistage sont liés à la situation sociale ». Les bénéfices des découvertes auraient renforcé un peu plus encore les écarts entre les catégories sociales.
En dépit de ce constat, très peu d’équipes de recherche s’intéresse aujourd’hui à cette problématique. Comment se forment ces inégalités sociales ? Quelle est la part des facteurs individuels ? Collectifs ? Pour répondre à ces questions, l’équipe du Professeur Guy Launoy (ERI 3 INSERM, EA 3936 UCBN « Cancers et Populations » – Faculté de Médecine – CHU de Caen) soutenue par l’ARC va reconstituer les différentes étapes de la prise en charge des cancers du sein et du colon-rectum. Pour cela, l’équipe s’appuie sur un effectif de 1 500 à 2 000 individus résidant dans le Calvados (France). La subvention de 72 000 euros attribuée au Pr Guy Launoy, devra permettre de contribuer à identifier des mesures efficaces pour l’amélioration du dépistage et de la prise en charge.
Le projet de recherche de l'équipe du Pr. Launoy s’intitule : « La formation et le rôle des inégalités sociales dans le dépistage et le traitement des cancers : les cancers du sein et du colon-rectum dans le Calvados ».
A lire l’enquête publiée par l’InVS : « Inégalités sociales de mortalité par cancer en France : état des lieux et évolution temporelle » , Gwenn Menvielle, Annette Leclerc, Jean-François Chastang, Danièle Luce, INSERM U687 - IFR69, Villejuif, France, BEH, 2 septembre 2008, n°33.
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