Considéré par de nombreux scientifiques comme « l’antichambre » du prix Nobel de médecine, le prix Lasker pour la recherche médicale clinique récompense cette année trois chercheurs qui ont changé le destin des personnes atteintes d’une leucémie myéloïde chronique (LMC). Les travaux de Brian Druker, Nicholas Lydon et Charles Sawyers ont en effet permis de transformer ce grave cancer en une maladie chronique avec laquelle il est possible de vivre de très nombreuses années. Pour y parvenir, les chercheurs ont eu l’idée de s’attaquer aux racines de la maladie. Les trois lauréats du prix Lasker 2009 sont ainsi devenus les inventeurs de la première thérapie ciblée antitumorale.
La LMC est un cancer du sang qui évolue en deux phases. Au départ, la maladie est relativement silencieuse. Elle peut ensuite évoluer vers une phase dite « aiguë ». Si rien n’est fait pour stopper le processus, elle entraîne le décès les patients.
Pendant longtemps, les solutions thérapeutiques pour lutter contre cette maladie étaient d’une efficacité très limitée. L’espérance de vie des patients en phase aiguë dépassait rarement deux ans. Aujourd’hui, grâce aux recherches de Brian Druker, Nicholas Lydon et Charles Sawyers, 90 % des patients sont toujours en vie cinq ans après le début de leur maladie.
Ce bond en avant se fonde sur la découverte de l’origine moléculaire de la LMC : une anomalie chromosomique résultant d’un échange de fragments entre deux chromosomes. Cette anomalie conduit les cellules à produire une protéine anormale responsable de la transformation des cellules saines en cellules cancéreuses, l’oncogène BCR-ABL.
Brian Drucker a eu l’idée de rechercher un moyen de bloquer l’activité de l’oncogène BCR-ABL afin de contrer la maladie. Une telle démarche est aujourd’hui considérée comme une stratégie classique. Toutefois, au milieu des années 80, elle laissait la communauté scientifique très sceptique.
Il a fallu du temps et de l’acharnement à Brian Druker pour parvenir à ses fins. Mais, en 1996, ce chercheur a finalement réussi à identifier une molécule capable d’inhiber la prolifération des cellules de LMC en ciblant l’oncogène BCR-ABL. Découverte en collaboration avec Nicholas Lydon, la molécule a été baptisée « imatinib ».
Les essais cliniques ont démarré deux ans plus tard, avec l’aide de Charles Sawyers. Très rapidement, il est apparu que l’efficacité thérapeutique de l’imatinib était spectaculaire : après quelques jours de traitements, des patients condamnés se levaient de leur lit d’hôpital pour rentrer chez eux !
Depuis lors, l’imatinib est devenu le traitement de référence de la LMC. Il est désormais également utilisé pour les tumeurs stromales gastro-intestinales et à l’essai dans d’autres cancers. Sa découverte a en outre ouvert la voie au développement de nombreuses autres approches de thérapie ciblée anti-tumorale.
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Photo : cellules sanguines d'un patient atteint d'une leucémie myéloïde chronique (DR)
Dernière mise à jour : 18-09-2009