Pourquoi les rétinoblastomes, ces cancers de l’œil qui touchent principalement les jeunes enfants, sont-ils tellement agressifs ? Pourquoi se développent-ils bien plus rapidement que la plupart des autres cancers ? Une équipe de chercheurs américains a peut-être découvert la clé de ce mystère. Leurs travaux révèlent en effet que les anomalies qui caractérisent ces tumeurs sont très différentes de celles habituellement associées aux cancers.
Il est depuis longtemps bien établi que les rétinoblastomes sont associés à la présence d’une mutation dans un gène nommé RB1. Toutefois, la dysfonction d’un seul gène ne suffit pas pour qu’une cellule saine se transforme en cellule cancéreuse. Il était jusqu’ici admis que la mutation de RB1 devait entraîner des bouleversements dans le fonctionnement de la cellule et conduire à l’accumulation d’autres mutations. Dans la quasi-totalité des cancers, c’est en effet l’accumulation d’anomalies génétiques qui est responsable de la transformation des cellules saines en cellules tumorales.
Toutefois, ce processus d’accumulation est long. Ce scénario ne « collait » donc pas au cas d’un cancer apparaissant chez de jeunes enfants et se développant rapidement.
Pour mieux comprendre le phénomène, l’équipe américaine a séquencé la totalité du génome tumoral de quatre patients atteints de rétinoblastome. A leur grande surprise, ces génomes contenaient très peu d’anomalies, bien moins que tout autre génome de cellule cancéreuse. Dans un des quatre génomes étudiés, seule la mutation du gène RB1 a été mise en évidence.
Les chercheurs ont poursuivi leur étude en analysant dans ces mêmes cellules l’activité de gènes fréquemment impliqués dans le développement de cancers. Ils ont ainsi découvert que la mutation du gène RB1 semble conduire, non pas à l’accumulation d’autres mutations, mais au dérèglement du programme d’expression génétique des cellules. C’est par ce mécanisme, dit « épigénétique », que les cellules normales de la rétine deviennent cancéreuses.
Ces dérèglements entraînent la surproduction de protéines qui favorisent le développement tumoral. Certaines d’entre elles sont déjà la cible de médicaments contre le cancer actuellement en cours d’évaluation.
Ainsi, ces travaux de recherche fournissent non seulement une explication sur le mécanisme d’apparition des rétinoblastomes, mais aussi de nouvelles pistes pour la mise au point de traitements innovants de la maladie.
J. Zhang et coll., « Nature », édition en ligne du 11 janvier 2012
Dernière mise à jour : 08-02-2012