Aujourd’hui en France, près de la moitié des personnes atteintes de cancer ont moins de 65 ans. Dès lors, la question du maintien et/ou du retour à la vie active est devenue une problématique à part entière de la prise en charge de la maladie. Au-delà des traitements, vivre avec et après un cancer, c’est aussi reprendre un cours normal (ou aménagé) de sa vie, aussi bien familiale et sociale que professionnelle. Pour autant, les chances d’exercer une activité professionnelle après la maladie sont très altérées : il apparaît en effet qu’un cancer diminue significativement la probabilité de travailler deux ans plus tard, en particulier pour les personnes exerçant une profession “d'exécution” (par opposition aux professions d’encadrement).
Alain Paraponaris et ses collaborateurs (Observatoire régional de la santé de Provence-Alpes-Côte d’Azur) ont étudié cette question en se fondant sur les informations relatives à 1 218 personnes concernées par la maladie, âgées de moins de 57 ans au moment du diagnostic. Deux ans après ce diagnostic, 33 % de celles qui n'étaient plus en congé-maladie n'avaient pas repris une activité professionnelle. Cependant, ces travaux indiquent qu’il existe de fortes disparités dans cette proportion.
La localisation du cancer est un premier facteur modifiant les chances de maintien de l’emploi : environ 70 % des personnes touchées par un cancer du sein ou un cancer colorectal, 66 % de celles atteintes d’un cancer de la prostate, mais seulement 43 % de celles atteintes d’un cancer du poumon travaillent deux ans après le diagnostic de leur maladie. Ces différences s’expliquent largement par les pronostics respectifs et les modalités de prises en charge des différents cancers.
La probabilité de travailler deux ans après un diagnostic de cancer dépend aussi de facteurs sociaux, en particulier du type d’emploi exercé. En effet, si un retour à l’emploi dans un délai de deux ans est observé chez près de trois quarts (73%) des artisans, des commerçants et des chefs d’entreprise, cette situation concerne à peine plus de la moitié des ouvriers (53%).
Les travaux d’Alain Paraponaris et de ses collaborateurs montrent en outre que les deux facteurs se combinent. Ainsi, même si son cancer est de bon pronostic, une personne ayant un emploi d’exécution aura, dans le meilleur des cas, la même probabilité de travailler deux ans plus tard qu’un cadre dont le cancer est de mauvais pronostic. En d’autres termes, le cancer aggrave les difficultés de certaines catégories socioprofessionnelles à trouver un emploi ou à s’y maintenir.
Lors d’un colloque scientifique organisé en décembre 2010 par l’ARC et l’Institut national du cancer, le Professeur Jean-Pierre Gründfeld, auteur du rapport de préparation du Plan cancer 2009-2013, a commenté ces données en soulignant l’existence d’une double inégalité sociale associée à la problématique « Cancer et travail » : « Les plus démunis sont les plus exposés [au risque de développer un cancer professionnel] et ont le plus de difficultés à se réinsérer dans le parcours professionnel [après la maladie] ».
Réduire ces inégalités est l’une des priorités du Plan Cancer. Différentes mesures sont prévues à cet effet, visant notamment à organiser formellement le retour à l’emploi des personnes atteintes de cancer. Parallèlement, les recherches conduites sur cette thématique sont indispensables : c’est en comprenant ce qui ne va pas qu’il sera possible de développer les meilleures solutions pour améliorer la situation actuelle.
Depuis 10 ans, l’ARC a soutenu 30 projets de recherche sur la thématique « cancer et travail », pour un montant global de 2,7 M€. Les travaux d’Alain Paraponaris ont été subventionnés par l’association à hauteur de 47 500 euros.
Pour en savoir plus sur la thématique « cancer et travail » : les réponses à vos questions en vidéo
Découvrez également notre brochure d’information « Les cancers professionnels »
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Dernière mise à jour : 27-01-2011