Bonsoir à toutes et à tous, bienvenue sur le Tchat. Nous avons le plaisir d'accueillir le Professeur Jean Faivre et le Docteur Nathalie Pecollo pour répondre à toutes vos questions sur les liens entre nutrition et cancers, pouvez-vous vous présenter ?
Pr. Jean Faivre : Je suis professeur de gastro-entérologie au CHU de Dijon. Ma recherche porte sur l'épidémiologie et la recherche clinique sur les cancers digestifs. J'ai un intérêt particulier pour le dépistage du cancer colorectal et les relations entre l'alimentation et les cancers digestifs. J'effectue ces recherches dans le cadre du centre de recherche INSERM de Dijon.
Dr. Nathalie Pecollo : Je suis assistante scientifique pour le réseau NACRE et je travaille dans l'unité de recherche en épidémiologie nutritionnelle de Bobigny.
Nous vous rappelons que l'objet de ce Tchat est de partager les connaissances sur les avancées de la recherche sur le thème nutrition et cancers. Monsieur Faivre et Madame Pecollo ne peut donc pas répondre à des questions personnelles et/ou d'ordre médical. Nous ne sommes pas dans le cadre d'une consultation, mais dans un moment d'échange pour vous permettre à tous de mieux comprendre comment la recherche progresse.
Mcb500 : Y a t-il réellement un lien avéré entre nutrition et cancers. Si oui, cela prévaut il pour certains cancers spécifiques et lesquels ? Cela est-il prouvé scientifiquement ? Quelles précautions à prendre ? Merci !
Oui, la relation entre certains facteurs nutritionnels et localisations de cancer est aujourd’hui scientifiquement établie. De nombreux liens avérés ont pu être mis en évidence grâce à la recherche réalisée ces 30 dernières années. Par exemple, on peut aujourd’hui affirmer sans le moindre doute que la consommation régulière de boissons alcoolisées augmente le risque de cancer des voies aérodigestives supérieures (bouche, pharynx, larynx), de l’œsophage, du côlon-rectum chez l’homme et du sein chez la femme. Ou encore que le surpoids et l’obésité augmentent le risque de cancer de l’œsophage, du pancréas, du côlon-rectum, du sein, de l’endomètre et du rein. Les recommandations prioritaires sont de réduire la consommation de boissons alcoolisées, d’avoir une alimentation équilibrée et diversifiée et de pratiquer une activité physique régulière.
Gwen : Est-il vrai qu'il faut exclure de son alimentation certains aliments ?
Les données scientifiques montrent que certains facteurs alimentaires, consommés de manière régulière, augmentent le risque de cancer chez l’Homme. C’est le cas pour les boissons alcoolisées, l’excès de viandes rouges et de charcuteries et les compléments alimentaires à base de bêta-carotène. On peut exclure aisément de notre alimentation les compléments à base de bêta-carotène car une alimentation équilibrée et diversifiée dispense de recourir à des compléments alimentaires. Il est recommandé de :
1/ limiter la consommation de viandes rouges à moins de 500 g/semaine et d’alterner avec de la viande blanche, du poisson, des œufs et des légumineuses,
2/ de réduire la consommation de charcuteries,
3/ de réduire la consommation de boissons alcoolisées.
Finalement, il vaut mieux tenter de limiter la consommation de ces facteurs autant que possible sans pour autant tomber dans l’excès en les proscrivant totalement.
rubendany : Bonsoir, est-ce que le fait de manger déséquilibré (fast food, pizza, quantité de viande importante, peu de légumes) peut provoquer des cancers. Si oui, lesquels ? Merci.
bivo : J'aurai voulu savoir si une alimentation à base de viande blanche et de poisson vous semblait moins à risque ?
En ce qui concerne la question de Ruben, une alimentation déséquilibrée peut augmenter le risque de développer un cancer. Il a été montré par exemple qu’une consommation excessive de viandes rouges et de charcuteries augmente le risque de cancer colorectal. De plus, une alimentation déséquilibrée favorise la prise de poids et donc un état de surpoids ou d’obésité qui à son tour augmente le risque de nombreux cancers (œsophage, pancréas, côlon-rectum, sein, endomètre, rein). Concernant la question de Bivo, la viande rouge n'est pas à proscrire totalement, mais il est conseillé d'alterner avec viande blanche, poissons, légumineuses et oeuf.
tatakima : Bonjour j'ai pris trop de poids avec le cancer et en mangeant normalement. Maintenant, comment perdre tous ces kilos en trop sans les reprendre ? Il y a t il une prise en charge ? Merci.
Dans le cas d’une prise de poids au cours du traitement d’un cancer, il est conseillé de rééquilibrer les apports et les dépenses énergétiques. Pour cela, il faut essayer d’une part de réduire la consommation d’aliments gras et/ou sucrés et de privilégier les fruits et légumes et d’autre part de pratiquer une activité physique régulière et adaptée. En cas de difficulté à retrouver un poids normal, vous pouvez demander une consultation en nutrition auprès d’une diététicienne de l’établissement dans lequel vous avez été prise en charge.
sousou : Quel est le mécanisme d'action des aliments comme facteurs protecteurs.
johanna : Existe t-il des aliments anti cancer?
Les mécanismes d’action des facteurs alimentaires sont très nombreux et variés. Pour les facteurs protecteurs, on parle souvent d’activités anti oxydantes, d’inhibition de la prolifération cellulaire… Mais beaucoup de vérifications sont nécessaires avant d’extrapoler les résultats de ces études à l’Homme. Il n'existe pas d'aliment qui a lui seul peut empêcher le développement d'un cancer. Il faut privilégier une alimentation équilibrée et diversifiée. Si on se focalise sur un seul type d'aliment, on risque de déséquilibrer son alimentation.
joce04 : En traitement pour un cancer du sien depuis août 2010, j'ai la protéine her2, traitement d'herceptin en cours plus hormonothérapie (femara) depuis mai 2011. J’ai entendu parler des aliments avec des polyamines qui seraient néfastes ? Quels sont les aliments à éviter et ceux à privilégier ? Merci beaucoup pour vos réponses. Jocelyne du 04.
FLORA04 : Bonsoir, dans le cas d'un cancer du sein (her2) et traitement par femara, qu'en est-il des aliments contenant des polyamines? Faut-il les éviter ? Merci beaucoup.
Les régimes pauvres en polyamines sont en cours d’évaluation. Actuellement, le bénéfice d’un tel régime pendant le traitement du cancer du sein n’a pas été démontré. Le principal objectif nutritionnel pendant le traitement du cancer du sein est principalement d’éviter la prise de poids. Dans le cas d’une prise de poids au cours du traitement d’un cancer, il est conseillé de rééquilibrer les apports et les dépenses énergétiques. Pour cela, il faut essayer d’une part de réduire la consommation d’aliments gras et/ou sucrés et de privilégier les fruits et légumes et d’autre part, de pratiquer une activité physique régulière et adaptée.
Antony : Bonsoir, dans notre société, qui dit alimentation dit souvent pesticides et/ou améliorants diverses. Existe t-il des études épidémiologiques françaises sur l'impact des pesticides dans le développement de cancer ? Sinon, pourquoi cette omerta ?
Une vaste étude est en cours en France sur l'effet des pesticides sur le risque de cancer. Il s'agit de l'enquête AGRICAN qui inclut 180 000 assurés agricoles actifs et retraités. Elle est conduite par le Groupe Régional d'Etudes sur le Cancer de l'Université de Caen, en lien avec les registres de cancers et la MSA. Lancée en 2005, cette étude se poursuivra jusqu'en 2020. Les premiers résultats font apparaître une sous-mortalité chez les agriculteurs pour les causes principales de décès. L'analyse des facteurs de risque professionnels (pesticides en particulier) commencera à être disponibles cette année. Mais les premiers résultats sont rassurants.
johanna : Que penser de la vitaminothérapie préconisé notamment en Suisse
La vitaminothérapie consiste en des cures vitaminiques administrée sous forme de cachets ou d’injections intramusculaires. Pour la prévention des cancers, il est recommandé de ne pas consommer de compléments alimentaires sauf cas particuliers de déficiences et sous le contrôle d’un médecin. Dans certaines conditions, la supplémentation en antioxydants, micro-constituants ou micronutriments pourrait présenter plus de risques que de bénéfices (à titre d’exemple une supplémentation en bêta-carotène augmente le risque de cancer du poumon chez les fumeurs). Les besoins nutritionnels peuvent être satisfaits par une alimentation équilibrée et diversifiée, et ne nécessitent pas la prise de compléments alimentaires.
Plevieux : Après l'ablation d'une tumeur, un mélanome en l'occurrence, est-il conseillé de réduire au maximum la consommation de glucides pour freiner la dissémination des cellules cancéreuses ?
Aucune preuve scientifique ne permet à ce jour d’affirmer une telle chose. Avant et après un cancer, les seules recommandations reposant sur les connaissances scientifiques sont d’avoir une alimentation équilibrée et diversifiée, de pratiquer une activité physique de manière régulière et de réduire la consommation de boissons alcoolisées. Ces recommandations s’appliquent aussi pendant le cancer s’il n’y a pas de perte ou de prise de poids rapide et importante.
Bitou : Bonjour, y a t-il des aliments à éviter et d'autres à favoriser ? J'ai lu que le chou par exemple pouvait prévenir un cancer du poumon ? Quoi favoriser lorsque le cancer est installé (poumon métastases osseuses ?)
Pour la prévention des cancers, l’important est de privilégier une alimentation équilibrée et diversifiée. De même qu’il n’y a pas d’aliment « anticancer », il n’y a pas d’aliments à proscrire. Dans le cas du cancer du poumon, la priorité est l’arrêt du tabagisme.
Françoise : faut-il bannir l'alcool de son alimentation ? Un verre de vin quotidien n'a pas empêché ma mère de vivre jusqu'à 97 ans...
Non, il n'est pas nécessaire de bannir l'alcool. Toutefois, il est fortement recommandé de limiter sa consommation.
Cowan : Ma question est sur les OGM, qu'en savent vraiment les chercheurs ? Y a t-il des OGM vraiment cancérigènes ?
y4 : Y-a-t-il des recherches sur un possible lien entre la nourriture OGM et le cancer ?
À ce jour il n'y a pas d'études scientifiques qui ont pu évaluer l'impact de la consommation d'OGM sur les cancers. ehrsam josiane : Mon fils a développé un cancer des testicules en 2011 à 21 ans. Aujourd’hui, il va bien, mais ce que j'aimerais savoir : est-ce vrai que le citron est particulièrement bon pour 'prévenir' d'1 cancer ?
Il est actuellement trop tôt pour dire si oui ou non le citron en particulier peut diminuer le risque de cancer. Les données scientifiques disponibles à ce jour ne sont pas assez nombreuses pour conclure. Ce que l’on sait en revanche, c’est que la consommation de fruits et légumes, dans leur ensemble, diminue le risque de cancer de la bouche, du larynx, du pharynx, de l’œsophage, de l’estomac et du poumon (pour les fruits seulement). Il faut privilégier la quantité et la variété de ces aliments pour bénéficier de tous leurs effets protecteurs plutôt que de miser sur un seul fruit ou légume.
rocraz : Le jus de grenade prévient-il la rechute après prostatectomie totale et radiothérapie ?
Aucune donnée scientifique ne permet d’étayer cette hypothèse. On a beaucoup parlé du jus de grenade pour ses propriétés antioxydantes et protectrices vis-à-vis du cancer. Ces affirmations s’appuient sur quelques résultats issus d’études isolées et peu nombreuses qui n’ont pas été conduite chez l’Homme. Bien d’autres fruits et légumes apportent également de grandes quantités de composants ayant des propriétés antioxydantes. Consommer des fruits et légumes variés permet de tirer parti de leurs propriétés synergiques. Les jus de fruits, en particulier le jus de grenade, sont très énergétiques et leur consommation doit de ce fait rester limitée (à quantité égale, le jus de grenade apporte 2 fois plus de sucres que le jus d’orange).
Marion : Suivre un régime végétalien ou végétarien est il un bon rempart contre le cancer ?
On dispose de peu d'études à ce sujet, il est donc difficile pour nous de faire des recommandations.
Céline14 : Les antioxydants ont-ils vraiment un effet pour prévenir les cancers ? Peuvent-ils détruire les cellules cancéreuses ?
Mickael : Quels sont les effets des antioxydants pour prévenir de l'apparition des cancers ?
Les antioxydants majoritairement apportés par les fruits et légumes ont un rôle protecteur. Il n'est pas recommandé de consommer des compléments alimentaires contenant des antioxydants lorsqu'on a une alimentation équilibrée. Une trop forte dose pourrait être dangereuse pour la santé.
liliane 69 : une allergie au gluten non détectée peut-elle être la cause d'un lymphome T angio-immunoblastique ? Certains aliments, aromates, huile favorisent-ils le développement des lymphomes ou sont-ils bénéfiques pour lutter contre le cancer ? Quelles avancées médicales sur le traitement des LNH en forte hausse.
L'existence de l'intolérance au gluten, surtout si elle n'est pas traitée, peut favoriser l'apparition d'un lymphome T. Les études disponibles ne permettent pas de savoir si l'alimentation a un rôle favorisant ou protecteur. On ne peut pas répondre sur la question des traitements en l'absence de dossier médical.
celine : Quels sont les aliments qui permettent d'éviter la récidive du cancer du sein?
Il n'y a pas d'aliments en particulier. Toutefois, il y a de nombreuses études qui montrent qu'il vaut mieux éviter une situation de surpoids ou d'obésité liée au traitement du cancer du sein. Il est donc recommandé d'adopter une alimentation équilibrée et diversifiée, et de pratiquer une activité physique adaptée.
Sy4 : A-t-on testé séparément les additifs alimentaires et autres ajouts chimiques, ou les a t-on testé ensemble comme c’est le cas dans nos aliments aujourd'hui ?
Il n'y a pas d'études actuellement permettant d'incriminer ou d'éliminer le rôle cancérigène des additifs.
alcove : Bonsoir monsieur Faivre et madame Pecollo, l'exercice physique conjuguée à une nutrition saine est une condition sinequanone ? Merci pour vos réponses de ce soir. je suis attentivement.
Une alimentation saine et la pratique d'une activité physique diminuent le risque de nombreux cancers, et en particulier du colon et sein. Toutefois, le cancer est une maladie multifactorielle (alimentation, environnement, infection, terrain génétique...).
gunther martine : J'ai pris beaucoup de poids pendant le traitement du cancer. Que me conseillez-vous pour le perdre merci ?
Nous avons déjà répondu à cette question précédemment, n'hésitez pas à consulter la réponse faite à Tatakima.
Marion : Existe t-il un classement des cultures alimentaires par rapport à leur impact sur les cancers ? Il parait par exemple que le poisson cru (culture japonaise) aurait un effet préventif contre le cancer du poumon ?
Non, c'est l'arrêt du tabagisme qui permet de prévenir le cancer du poumon. Consommer du poisson cru n'aura a priori pas d'effet préventif. Un nombre croissant d'études suggère que certains régimes alimentaires, par exemple un régime de type méditerranéen pourrait diminuer le risque de cancer (sein et digestifs)...
Mickael : Une alimentation saine signifie-t-elle une alimentation bio ?
Yannick et Sophie : Alimentation 100% bio = Alimentation sans risques (risques limités) ?
Une alimentation saine est une alimentation équilibrée et diversifiée. Aucune donnée ne permet de dire au jour d'aujourd'hui que l'alimentation a un rôle plus protecteur qu'une alimentation classique.
chercheuse : Quel est le facteur le plus déterminant dans le declenchement du cancer ce qu'on décide : l'alimentation? Ou ce que l'on ne décide malheureusement pas : le génétique ?
Les cancers où le facteur génétique est prédominant, ne représentent qu'une faible proportion des cancers (moins de 5%). Le patrimoine génétique fait qu'un individu est plus ou moins sensible à des facteurs environnementaux favorisants ou protecteurs. Le tabac, l'alcool, le surpoids et l'obésité sont des facteurs de risque majeur. On ne peut pas influencer le patrimoine génétique, mais l'on peut agir sur son mode de vie et ses comportements de manière individuelle.
Merci beaucoup, un mot de conclusion ?
Pour en savoir plus nous vous conseillons de consulter les documents de référence suivants : réseau NACRe (www.inra.fr/nacre : Brochure PNNS nutrition & prévention des cancers : des connaissances scientifiques aux recommandations, 2009), Anses (www.anses.fr : rapport Nutrition et cancer, 2011). Merci à tous pour vos questions.
Pour ceux qui n'ont pas eu de réponse à leurs questions sur les liens entre nutrition et cancers, retrouvez monsieur Faivre le 4 février lors du Grand Direct des Chercheurs à Lyon de 15h à 17h et sur le site www.grand-direct-chercheurs.com
Dernière mise à jour : 03-02-2012