Bonsoir à toutes et à tous, bienvenue sur le Tchat. Nous avons le plaisir d'accueillir le Docteur François Ghiringhelli pour répondre à toutes vos questions sur les traitements personnalisés contre le cancer, pouvez-vous vous présenter ?
Bonsoir ! Je suis médecin cancérologue à Dijon. Je suis aussi directeur de recherche Inserm à Dijon également. Mon activité clinique et de recherche repose sur le cancer du sein et le cancer du colon. Dans le domaine de la recherche, je travaille plus particulièrement sur l'immunothérapie anti-cancéreuse.
Nous vous rappelons que l'objet de ce Tchat est de partager les connaissances sur les avancées de la recherche dans le domaine des traitements personnalisés contre le cancer. Monsieur François Ghiringhelli ne peut donc pas répondre à des questions personnelles et/ou d'ordre médical. Nous ne sommes pas dans le cadre d'une consultation, mais dans un moment d'échange pour vous permettre à tous de mieux comprendre comment la recherche progresse.
Rog34 : Bonjour, comment faites-vous pour personnaliser les traitements ? Merci
Deux possibilités. La première consiste à étudier les cellules cancéreuses et à rechercher des mutations particulières. En fonction des résultats, on administrera le bon médicament au bon cancer. La deuxième possibilité consiste à étudier les caractéristiques génétiques du malade et en fonction de ces caractéristiques, à adapter la dose du médicament. Ceci permet de diminuer les toxicités.
Jacques : Dans quel cas peut-on avoir un traitement personnalisé ?
A l'heure actuelle de nombreux cancers peuvent en bénéficier.
D'une part certaines maladies du sang comme les leucémies (par exemple la leucémie myéloide chronique), d'autre part, les cancers solides peuvent également en bénéficier (essentiellement sein, poumon, colon et mélanome).
Roger : BonjourY-a-t-il des progrès récents concernant le traitement des cancers HER2 ?
HER2 est une protéine exprimée à la surface des cancers du sein dans environ 20% des cas. Il s'agit d'une molécule favorisant la croissance du cancer. Il existe des médicaments permettant de bloquer l'action de cette protéine. Actuellement deux médicaments sont sur le marché en France. Dans les mois à venir, un nouveau médicament va être mis sur le marché. Ce médicament a des résultats très prometteurs. Il s'appelle Pertuzumab. Il existe d'autres médicaments en développement à l'heure actuelle.
Elena : Comment faites-vous pour identifier de nouveaux moyens d'attaquer les tumeurs ?
Les travaux reposent sur la recherche fondamentale en laboratoire.
A partir des tumeurs, nous étudions leur code génétique. Ceci nous permet de caractériser les voies moléculaires impliquées dans le développement du cancer. Ceci nous permet de caractériser les événements initiateurs du cancer. Ensuite, les laboratoires pharmaceutiques génèrent des molécules ciblant spécifiquement ces événements initiateurs. Il s'agit alors de thérapeutiques ciblées.
mursane : Bonjour, Ma sœur a un cancer du pancréas, elle jauni, aucun appétit et des prurits sur la peau. La pathologie est découverte par échographie puis confirmée par IRM. Le pronostic étant très sombre, je me pose la question sur l'existence de nouveaux traitements ou nouvelles chimiothérapies
Il s'agit d'un mode de découverte du cancer du pancréas classique.
Les tumeurs de la tête du pancréas compriment les voies biliaires. La bile ne pouvant s'écouler, il en résulte une jaunisse. Lorsque la tumeur est localisée, le traitement reste la chirurgie si celle-ci est possible. Dans les maladies évoluées, une équipe française vient récemment de publier une nouvelle tri-thérapie. Il s'agit d'une chimiothérapie très efficace (Folfirinox).
Lose : Quels sont les médicaments pour la leucémie aigue promyelocytaire, à part l'arsenic?
Il s'agit d'une maladie du sang. Elle se développe aux dépens d'une variété de globules blancs. Depuis plusieurs années, un traitement a révolutionné le pronostic de cette maladie, il s'agit de l'acide rétinoïque. C'est un dérivé de la vitamine A. Ce traitement permet de guérir plus de 70% des patients.
louis : Que sont au juste les traitements personnalisés ?
Les traitements personnalisés sont des traitements adaptés au cancer du malade. En pratique, on effectue des analyses histologiques (étude de marqueur à la surface des cellules cancéreuses) ou moléculaire du cancer. Ceci permet de définir les caractéristiques propres du cancer du malade. Ainsi, on peut administrer le traitement correspondant au cancer du malade. Il s'agit d'un changement des pratiques de la médecine en cancérologie. Avant, on effectuait des traitements qui fonctionnaient sur une partie de la population. Certains malades répondaient, d'autres ne répondaient pas. On ne savait pas pourquoi.
A l'inverse actuellement, nous analysons le cancer, et nous donnons le bon médicament au bon malade.
cachou : Si je comprends bien pour mettre en place un traitement personnalisé il faut avoir fait une biopsie ?
La réponse est simple, c'est oui. Effectivement pour un traitement personnalisé, il faut une biopsie. En pratique, pour faire le diagnostic d'un cancer, nous sommes obligés d'obtenir une biopsie, c'est-à-dire le prélèvement d'un petit bout du cancer. A partir du prélèvement nécessaire au diagnostic, nous pouvons faire les analyses pour les traitements personnalisés.
Christian : Atteint d'une leucémie LMMC, sans espoir de guérison semble-t-il, puisque qu'aucun traitement n'existe pour en éradiquer la racine du mal. j'aimerais avoir confiance en l'avenir; Pouvez-vous me dire où en est la recherche dans l'élaboration de nouvelles thérapies qui me permettraient à moi et à d'autres d'espérer.
Il s'agit de la Leucémie Myelo-Monocytaire Chronique, il s'agit d'une maladie chronique du sang entrainant des problèmes d'hémorragie, d'infection, etc. Il s'agit d'une maladie correspondant au syndrome myélodysplasique. Actuellement, sont en développement de nouveaux traitements agissant directement sur l'ADN. Ces traitements semblent prometteurs.
NADINE : Atteint d'un cancer des poumons depuis 2010, je souhaite savoir quelles sont les pistes de recherche pour améliorer l’efficacité des chimiothérapies et réduire les effets secondaires ?
Actuellement il y a deux évolutions dans le cadre du cancer du poumon. Sur le plan de la chimiothérapie, de nouveaux médicaments sont apparus comme le Pemetrexed. Il y aussi des améliorations dans les modalités d'administration (traitement d'induction suivi par un traitement d'entretien). Sur le plan des traitements personnalisés, il apparait de nouvelles molécules ciblant des mutations particulières (EGFR, HER2, EMLK-AL4...). Ces mutations sont rares, mais il existe des traitements spécifiques de ces mutations donnant des résultats exceptionnels.
BRCA1 : où en sont les études sur le bevacizumab? Risques hémorragiques et thrombotiques du Bevacizumab ?
Le Bevacizumab est un anti-corps anti VEGF. Il s'agit donc d'un traitement anti angiogenique. Ceci veut dire que le médicament détruit les vaisseaux nourrissant la tumeur. La tumeur ne bénéficie plus d'apport d'oxygène ou d'aliment, donc elle meurt de faim. Le bevacizumab a une efficacité reconnue dans le traitement de certaines tumeurs cérébrales et dans le cancer du colon. Son efficacité est plus controversée pour les cancers du poumon et les cancers du sein. Les effets secondaires reposent essentiellement sur une difficulté à la cicatrisation. Il en résulte des risques hémorragiques si la tumeur est au contact de vaisseaux sanguins. Les risques de thromboses (phlébite) sont existants mais rares.
gigi : J'ai entendu parler de biomarqueur, pouvez-vous m'expliquer ce que c'est ?
Il existe deux types de biomarqueur (prédictif et pronostic). En pratique, ce sont des molécules associées à l'efficacité du traitement ou bien associées au pronostic de la maladie. Par exemple, l'expression d'HER2 pour les cancers du sein est un marqueur qui prédit l'efficacité des traitements anti-HER2 (par exemple, l'herceptin).
L'exemple d'un marqueur pronostic est par exemple l'expression du gène B-RAF mutant dans les cancers du colon. L'expression de ce marqueur est associée avec un moins bon pronostic.
Thierry : Je suis actuellement atteint d'un myélome. Quel traitement récent permettrait de ralentir cette maladie ?
Le myélome est un cancer hématologique se développant aux dépens d'un lymphocyte B (le plasmocyte). Cette maladie donne essentiellement des lésions osseuses. Le traitement repose sur une multitude de combinaisons thérapeutiques. Ces combinaisons associent des drogues de chimiothérapie classiques, des corticoïdes, des thérapeutiques ciblées. Ces thérapeutiques ciblées, comme le bortezomib, ciblent spécifiquement les cellules du myélome.
Dans certains cas, des techniques dites de greffe de moelle peuvent être utilisées.
Jemon Louis Bellay APOLLON : Est-on vraiment arrive à guérir le cancer
La réponse est oui. Classiquement, on dit qu'on peut guérir un cancer sur deux. En pratique, lorsque la tumeur est localisée un traitement chirurgical plus ou moins encadré de chimiothérapie ou de radiothérapie permet d'obtenir la guérison dans un très grand nombre de cas. Lorsque la maladie a évolué (métastatique), les choses sont plus compliquées, mais la guérison est quand même possible dans certains cas.
valerienuage : Bonsoir il y a t'il un traitement suite à un cancer métastatique à contexte génétique pour éviter les récidives Merci.
Dans certaines familles, il existe une prédisposition génétique au cancer. Cela veut dire, par exemple, que père/mère en fils/fille, les membres de la famille sont atteints du même cancer. Ceci est particulièrement vrai pour le cancer du sein et le cancer du colon. Il existe des mutations génétiques responsables de cette maladie, lorsque cette mutation est diagnostiquée chez un patient porteur d'un cancer, nous pouvons alors rechercher cette mutation dans les autres membres de la famille. Lorsque cette mutation est absente, ces personnes n'ont pas plus de risque de cancer que la population générale. Lorsque les personnes sont porteuses de la mutation nous pouvons proposer une surveillance étroite permettant de diagnostiquer précocement le cancer lorsqu'il est facile à guérir.
colette10 : Bonjour, j'ai un cancer du sein qui a récidivé, est-ce que les nouvelles thérapies vont permettre de mieux traiter les métastases ?
Il existe de nouveaux traitements en développement dans le cancer du sein. Pour les cancers du sein HER2, il existe le développement de nouvelles molécules comme le pertuzumab. Pour les cancers hormono-dépendants, il existe de nouvelles hormonothérapies. Pour les cancers triple négatif (la troisième variété de cancers du sein), il existe de nombreux médicaments actuellement en essai clinique. Un nouveau médicament vient également d'apparaitre pour le traitement des métastases osseuses, il s'agit du denosumab.
martinb : Est-ce que vous personnalisez les traitements en fonction de l'âge ?
Actuellement, les personnes âgées bénéficient d'une évaluation gériatrique par un médecin gériatre. Ces données nous permettent d'estimer l'âge réel du patient car parfois un patient de 80 ans peut avoir le corps d'un homme de 50 ans et à l'inverse un homme d'une soixantaine d'années peut avoir le corps d'un vieillard de 90 ans.
En tenant compte de ce paramètre mais aussi des pathologies associées (problèmes cardiaques, problèmes cérébraux, etc.), en tenant compte des médicaments pris par le patient (cardiaque, cholestérol, etc.), nous adaptons les doses de chimiothérapies et les protocoles.
Jean-Marc Vergnes : Les progressions sont-elles importantes d'année en année ? J’avoue que nous sommes très touchés dans notre famille et l'espoir est notre raison de vivre...
Oui, les progrès sont importants et dans les 10 dernières années, on note une progression exponentielle des résultats. Chaque année, plus d'une dizaine de médicaments arrivent sur le marché pour le traitement du cancer.
Merci beaucoup, un mot de conclusion ?
Je vous remercie pour vos questions et j'espère avoir été assez clair dans les réponses. Nous sommes encore en janvier, alors je vous souhaite une bonne année à tous !
Pour ceux qui n'ont pas eu de réponse à leurs questions sur les traitements personnalisés, retrouvez Monsieur Ghiringhelli le 4 février lors du Grand Direct des Chercheurs à Lyon de 15h à 17h et sur le site www.grand-direct-chercheurs.com
Dernière mise à jour : 20-01-2012