Le cancer de la plèvre, un cancer agressif de mauvais pronosticDans les pays industrialisés, le cancer de la plèvre est associé dans 70% des cas à une exposition à l’amiante, principalement dans le cadre professionnel. Si dans la population générale la fréquence des cas de cancers de la plèvre est encore faible, 900 cas par an en France, elle peut devenir extrêmement élevée dans certains sites industriels. De plus, le nombre de cas est amené à augmenter. On estime qu’il y aura environ 3000 cas par an en France dans les 10 prochaines années. Le pronostic du cancer de la plèvre est extrêmement sombre, puisque la survie moyenne à partir du diagnostic est inférieure à 12 mois et que le taux de survie à 5 ans est inférieur à 5%. Il n’existe actuellement aucun traitement standard reconnu. Il devient donc crucial de trouver un traitement réellement efficace pour ce cancer.
Aujourd’hui une nouvelle piste de recherche est étudiée. Il s’agirait d’utiliser des virus pour traiter les cancers. En effet, certaines souches virales ne s’attaquent pas aux cellules saines de l’organisme. Elles infectent uniquement les cellules cancéreuses et les détruisent. Ce sont les virus oncolytiques, des virus qui pourraient devenir de véritables armes anti-cancer. Le virus atténué de la rougeole utilisé dans cette étude fait partie de cette catégorie de virus.
Marc Grégoire et son équipe ont commencé à s’intéresser à ce virus à la suite d’un échange avec le Docteur Frédéric Tangy, directeur de l’équipe « Génomique virale et vaccination » à l’Institut Pasteur (Paris). En effet, l’équipe nantaise venait de découvrir que de nombreuses cellules cancéreuses présentaient à leur surface une quantité inhabituelle d’une protéine nommée CD46. De son côté le Docteur Tangy savait que le virus atténué du vaccin contre la rougeole avait besoin de ce récepteur (CD46) pour infecter les cellules humaines. De là est née l’idée d’utiliser cette souche virale pour détruire les cellules cancéreuses.
L’utilisation de la souche virale du vaccin contre la rougeole présente un avantage sur la plupart des virus oncolytiques. Etant utilisé depuis la fin des années 60 pour vacciner des millions d’enfants, la sécurité de son administration n’est plus à prouver. Par ailleurs si ce virus peut provoquer la destruction des cellules tumorales du cancer de la plèvre qu’il infecte, il pourrait également activer les cellules immunitaires du patient pour qu’elles s’attaquent elles aussi à la tumeur. Si tel est bien le cas, le virus du vaccin contre la rougeole pourrait non seulement détruire les tumeurs, mais aussi éviter les rechutes. Dès qu’une tumeur apparaitrait dans l’organisme, les cellules immunitaires mémoires s’y attaqueraient. Ce dernier point reste cependant à vérifier. C’est l’objet du projet de recherche de Marc Grégoire financé par l’ARC.
La subvention attribuée par l’ARC pour ce projet s’élève à 50 000 € pour deux ans. Elle servira à couvrir les « frais de fonctionnement », c'est-à-dire l’achat de petits matériels pour réaliser les expériences de laboratoire. Cette aide permettra également d’acheter des produits nécessaires à la culture de cellules, à l’analyse des marqueurs cellulaires et moléculaires des cellules tumorales infectées par le vaccin mais aussi à financer la production du vaccin contre la rougeole. Tous ces éléments sont coûteux et indispensables à l’équipe de chercheurs pour mener à bien leurs travaux.
Crédit photo : NOAK/Le Bar Floréal/ARC
Dernière mise à jour : 25-02-2010