Association pour la Recherche sur le Cancer (ARC) : qu’est-ce que le papillomavirus ? Pourquoi est-il associé à un risque de cancer ?Dr. Michel Ohayon (M. O.) : les papillomavirus humains (ou HPV) sont, en fait, une très grande famille de virus, qui sont impliqués dans des affections plus ou moins courantes, comme les banales verrues. Certains d’entre eux sont sexuellement transmissibles et sont à l’origine des condylomes (ces verrues génitales elles-mêmes assez fréquentes) et de modifications cellulaires pouvant provoquer des cancers. En fait, les cancers du col de l’utérus sont le fruit de l’évolution dans le temps de lésions provoquées par certains papillomavirus qui ont la propriété d’être oncogènes, c’est à dire capables de faire évoluer les cellules qu’ils infectent en cellules cancéreuses. Ce lien a d’ailleurs été mis en évidence par Harald ZUR HAUSEN, qui vient de recevoir le prix Nobel de médecine conjointement à Luc MONTAGNIER et Françoise BARRE-SINOUSSI, découvreurs du VIH. Avec le virus de l’hépatite B, les papillomavirus sont les agents sexuellement transmissibles pouvant provoquer un cancer. Attention, tous les papillomavirus ne sont pas oncogènes. Par exemple, il n’y a rien à craindre des verrues banales.
M. O. : jusqu’à l’arrivée du vaccin, la prévention des infections génitales à HPV était difficile. Ces virus se transmettent très facilement, ne donnent pas de lésions repérables et l’infection survient habituellement dès le début de la vie sexuelle. La réduction du risque de cancer passait, et continuera de passer, par la réalisation régulière de frottis de dépistage, qui ont prouvé leur efficacité dans le diagnostic des lésions avant qu’elles deviennent cancéreuses, et qui sont faciles à traiter. L’arrivée de vaccins constitue une étape nouvelle et importante, avec cependant quelques limites. Le GARDASIL ®, qui est le premier vaccin à être sorti, protège contre les deux papillomavirus les plus souvent responsables de cancers du col, et contre deux autres HPV souvent présents dans les condylomes (ou verrues génitales). Il ne protège donc pas de la totalité des virus existants, mais seulement des plus fréquents. La surveillance par le frottis restera donc d’actualité pour les femmes vaccinées.
L’autre limite du vaccin provient du caractère très précoce des contaminations par HPV. En effet, un vaccin protège une personne contre une maladie qu’elle n’a jamais eue. Si une femme est déjà porteuse du HPV, le vaccin n’aura aucune efficacité. C’est la raison pour laquelle le vaccin s’adresse aux jeunes filles, avant le début de leur vie sexuelle, et au plus tard dans l’année qui suit l’entrée dans la sexualité. Si on le fait trop tard, il a toutes les chances de ne servir à rien.
M. O. : là aussi, il y a eu de grands progrès depuis ces dernières années. L’arrivée du sida a fait que les parents se sont sentis responsables de la santé sexuelle de leurs enfants, et ces questions sont souvent abordées en famille. Le problème pour envisager une vaccination anti-HPV (et c’est d’ailleurs la même chose pour la vaccination contre l’hépatite B), c’est qu’il faut s’y prendre tôt. Or, la sexualité d’un adolescent débute souvent plus tôt que ce que leurs parents imaginent. C’est ce qu’ont eu à affronter les parents de toutes les générations, et c’est souvent difficile pour eux. Ce n’est pas parce qu’on parle de sexualité avec ses enfants alors qu’ils sont encore jeunes qu’on leur donne « de mauvaises idées ». Au contraire, parler de santé sexuelle à ses enfants, c’est les aider à protéger ce qui est tout de même l’un des plus beaux cadeaux de la vie, au-delà de toute idée de bien et de mal. C’est un moyen de rompre le cercle vicieux qui associe trop souvent la sexualité à la maladie.
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Crédit photo : INSERM. Légende : papillomavirus.
Dernière mise à jour : 03-02-2009