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Où va la recherche en cancérologie ? (2/2)

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 « Le cancer, c’est la recherche qui l’aura ». Oui, mais comment ? le Dr Jean-Luc Teillaud, membre des commissions scientifiques de l’ARC*, nous livre son point de vue quant aux succès récents et aux espoirs à venir de la recherche en cancérologie.

Il y a évidement les grands progrès réalisés en termes d’imagerie médicale, progrès qui ont favorisé la détection précoce des tumeurs. Il y a bien sûr l'essor des thérapies ciblées et des traitements personnalisés (voir notre newsletter du mois précédent). Mais lorsqu’on interroge Jean-Luc Teillaud, directeur de recherche au Centre de recherches biomédicales des Cordeliers (Paris), sur les succès de la recherche en cancérologie, le chercheur n’hésite pas : parmi les armes antitumorales récemment développées grâce à la recherche, les plus marquantes sont sans aucun doute les anticorps monoclonaux, ces molécules synthétiques conçues pour reconnaître les cellules tumorales et conduire à leur destruction.

Le succès des anticorps monoclonaux

« Les résultats cliniques enthousiasmants obtenus avec les premiers anticorps monoclonaux ciblant certains lymphomes et certaines tumeurs mammaires ont conduit à une montée en puissance de cette stratégie. Il existe aujourd’hui une quinzaine de médicaments de cette famille qui sont destinés au traitement des pathologies cancéreuses » note le Dr Teillaud. Et au-delà du nombre de molécules disponibles, les stratégies d’utilisation se multiplient elles-aussi : au départ, les anticorps monoclonaux étaient destinés à induire une réaction du système immunitaire contre les cellules tumorales qu’ils reconnaissaient. Désormais, ils sont aussi utilisés couplés à des molécules chimiques ou radioactives, toxiques pour les cellules tumorales. Ils servent alors de “tête chercheuse” qui conduisent des molécules thérapeutiques au site de la tumeur. Ils sont aussi parfois employés pour s’attaquer au microenvironnement de la tumeur, en particulier aux vaisseaux sanguins qui alimentent les cellules cancéreuses.

De l’importance du microenvironnement tumoral

Car les chercheurs l’ont bien compris, les tumeurs ne sont pas déconnectées des cellules saines qui les entourent : pour qu’une tumeur puisse se développer, elle a besoin d’un environnement qui lui est favorable. Elle a besoin d’être approvisionnée en nutriments et en oxygène via le réseau sanguin, mais cela n’est pas tout. « D’immenses efforts sont réalisés pour que nous parvenions à mieux comprendre les relations entre les cellules cancéreuses et leur environnement direct : comment elles mettent en place des mécanismes qui leur permettent d’échapper au système immunitaire, ou encore des mécanismes d’évasion qui les conduisent à former des métastases…Pour moi, cela ne fait aucun doute : dans la décade à venir, une meilleure compréhension des interactions entre les cellules cancéreuses et leur environnement va déboucher sur des stratégies thérapeutiques qui seront complètement nouvelles » prédit le Dr Teillaud.

Découvrir d’autres secrets des cellules cancéreuses. Pour Vincent Geli, directeur de recherche à l’Institut de biologie structurale et de microbiologie (Marseille) et président de la commission nationale scientifique de l’ARC “Génétique des tumeurs”, la cellule cancéreuse est encore loin de nous avoir livré tous ses secrets. Le chercheur estime qu’il y a par exemple beaucoup à attendre de l’étude des cellules souches cancéreuses. « Ces cellules pourraient être à l’origine de résistances aux traitements et de la formation des métastases. C’est pourquoi il faut comprendre leur biologie et découvrir des moyens pour les éliminer ». Vincent Geli souligne aussi l’importance des recherches sur les structures de l’ADN qui  protègent les extrémités des chromosomes : les télomères. A chaque fois qu’une cellule se dédouble, ses télomères raccourcissent. Lorsque les télomères sont devenus trop courts, la cellule entre en « sénescence » et meurt. Cependant, ce phénomène peut se dérégler : les cellules vont alors se diviser à l’infini sans que leurs télomères raccourcissent. Elles deviennent ainsi immortelles, une qualité indispensable aux cellules cancéreuses. « En comprenant les mécanismes qui conduisent au dérèglement de la biologie des télomères et à l’immortalisation des cellules, il devrait être possible de développer des médicaments qui s’opposent à ce phénomène ». Et puis il y a « l’épigénétique », ces modifications de la structure des chromosomes qui conduisent à des changements dans l’activité des gènes. « Des modifications épigénétiques sont associées à la formation des tumeurs. Plusieurs molécules antitumorales s’attaquant à ce type de modifications sont d’ores et déjà évaluées par les autorités de contrôle des médicaments américaines ».

* Jean-Luc Teillaud est vice président de la commission nationale scientifique de l’ARC « Innovation diagnostiques et thérapeutiques, épidémiologie, recherche en prévention »

Crédit photo : Noak/Le bar floréal/ARC

Dernière mise à jour : 20-01-2010

 

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