Tout a commencé dans les années 80, lorsqu’il est apparu que la consommation de fruits et de légumes semblait protéger du cancer. Quelques années et de nombreuses études plus tard, un consensus a émergé dans la communauté scientifique : les fruits et les légumes exerceraient leur bénéfice par l’intermédiaire d’une famille de nutriments qu’ils contiennent en grande quantité : les antioxydants (voir plus bas). Depuis lors, les antioxydants sont considérés comme des molécules presque « magiques », capables de protéger notre organisme du vieillissement et d’un grand nombre de maladies parmi lesquelles le cancer. Cependant, si l’on regarde la littérature scientifique de plus près, un doute s’instaure.
Des centaines d’études ont cherché à mesurer l’effet d’une alimentation riche en antioxydants sur le risque de cancer. L’une des plus aboutie est l’étude EPIC1 : en se fondant sur l’analyse des données relatives à plusieurs centaines de milliers de personnes, les chercheurs du groupement EPIC ont conclu qu’une alimentation riche en fruits et légumes - et donc en antioxydants - est effectivement associée à une diminution du risque de certains cancers (bouche, pharynx, larynx, œsophage, estomac et poumon). C’est notamment pour cette raison qu’il est recommandé de consommer au moins cinq fruits ou légumes frais par jour.
Néanmoins, comme l’ont récemment rappelé l’Institut national du cancer et le réseau NACRe (Nutrition alimentation cancer recherche)2, les fruits et légumes ne peuvent pas être remplacés par des antioxydants pris sous la forme de compléments alimentaires. « La consommation de compléments alimentaires (…) peut présenter plus de risques que de bénéfices. Ainsi, l’apport de bêta-carotène sous forme de compléments alimentaires augmente de manière convaincante le risque de cancers chez des sujets à risque (par exemple le risque de cancer du poumon chez les fumeurs) alors que la consommation d’aliments contenant ce micronutriment semble favorable ». Ainsi, « sauf cas particuliers de déficiences et sous le contrôle d’un médecin, la consommation de compléments alimentaires n’est pas recommandée ».
Mais lorsque le cancer est là, un complément d’antioxydants ne peut-il pas aider l’organisme à combattre la maladie ? « Il est courant de penser que ce qui est naturel est forcément bon. Mais c’est faux ! Les tisanes et les compléments alimentaires contiennent des molécules actives qui peuvent interagir avec des médicaments conventionnels ou avec la radiothérapie » explique le Dr Barrie Cassileth3. « Nous devons dire aux patients qui suivent une chimiothérapie ou une radiothérapie : pas d’antioxydants, pas de compléments alimentaires ! Cela peut modifier la concentration des molécules thérapeutiques qui entrent dans leur organisme. Cela peut aussi contrecarrer l’action des traitements ». La radiothérapie et certaines chimiothérapies fonctionnent en effet en induisant la production de radicaux libres, des entités chimiques qui vont endommager les cellules cancéreuses et conduire à leur destruction. Or la principale activité des antioxydants est de s’opposer à l’action des radicaux libres. « Certains patients pensent que des compléments alimentaires riches en antioxydants vont protéger leurs cellules saines des effets secondaires des traitements antitumoraux, mais des données précliniques et cliniques montrent qu’ils protègent aussi les cellules cancéreuses » détaille le Dr Brian Lawenda, coauteur d’une étude4 relative à l’effet des antioxydants sur l’efficacité des chimiothérapies et radiothérapie du cancer.
Alors ? Les antioxydants sont-ils nos amis ou nos ennemis lorsqu’il s’agit de lutter contre le cancer ? Les données scientifiques actuelles montrent à quel point ils sont double-face : alliés de choix lorsqu’ils sont apportés par une alimentation variée et équilibrée, ils peuvent se retourner contre nous si l’on en vient à les consommer sous la forme de gélules.
1 : European Prospective Investigation into Cancer and nutrition : epic.iarc.fr
3 : Bulletin de l’Institut national du cancer américain du 11 août 2009
4: Journal of the National Cancer Institute 2008 100(11):773-783
Les antioxydants dans l’alimentation. Les antioxydants les plus connus sont le ß- carotène (provitamines A), la vitamine C (acide ascorbique), la vitamine E (tocophérol), les polyphénols et le lycopène. Les fruits, en particulier les fruits rouges, les légumes tels que les carottes, les épinards, les tomates, les céréales, le café et le thé sont des aliments riches en antioxydants.
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Dernière mise à jour : 21-10-2009