« Un verre de lait ça va, mais deux bonjour les dégâts ». Attention, ceci n’est pas une vérité scientifique. C’est seulement le titre d’un communiqué de presse qui annonçait la publication d’une étude scientifique* portant sur l’effet de l’alimentation sur le risque de cancer de la prostate. Alors que les français s’interrogent de plus en plus sur le rôle de leur alimentation dans la prévention des maladies telles que le cancer, ce communiqué de presse a attiré l’attention d’un certain nombre de rédactions. C’est ainsi que cette information potentiellement inquiétante s’est retrouvée dans les médias. Mais que faut-il en penser ? Cette étude doit-elle nous conduire à changer nos habitudes alimentaires ? Va-t-elle entraîner une modification des recommandations de santé publique ?
« Ces travaux présentent un intérêt, mais un intérêt limité : il ne faut surtout pas en déduire des recommandations ou des changements d’attitude » répond le Dr Paule Martel, directrice de recherche à l’unité de recherche en épidémiologie nutritionnelle de l’Institut national de la recherche agronomique et coordinatrice du réseau National Alimentation Cancer Recherche. « Il ne s’agit que d’une étude parmi d’autres » poursuit-elle.
Lorsqu’il s’agit de déterminer si un aliment va réduire ou augmenter le risque de développer un cancer, les chercheurs peuvent mener différentes sortes d’études conduisant à l’obtention de données complémentaires. Ils ne se fondent pas sur un seul travail, ni sur une seule méthode d’investigation : dans le cadre d’une expertise collective, ils examinent l’ensemble des résultats des études disponibles (épidémiologiques et mécanistiques). Ainsi, dans le dernier rapport du Fonds mondial pour la recherche sur le cancer et de l’Institut américain pour la recherche sur le cancer (WCRF/AICR), document scientifique de référence au plan international sur les liens entre alimentation et cancer, la question de l’influence éventuelle des produits laitiers sur le risque de cancer a pris en compte 25 études épidémiologiques, utilisant trois types de méthodologie.
L’analyse de l’ensemble de ces données est rassurante. Elle montre que la consommation de lait et de produits laitiers réduit probablement le risque de cancer colorectal. Chez l’homme, elle indique qu’une consommation importante (donc supérieure aux trois portions quotidiennes recommandées) pourrait conduire à des apports particulièrement élevés en calcium qui sont eux-mêmes peut-être associés à une augmentation du risque de cancer de la prostate.
Certes, les résultats de l’étude nouvellement publiée ne vont pas dans ce sens, « mais il ne faut pas les interpréter séparément des résultats des autres études disponibles » insiste le Dr Martel. « Ces nouvelles données viennent s’ajouter aux autres. Elles ne vont pas à elles seules remettre en question les conclusions du rapport du WCRF/AICR ».
D’autant plus que cette étude présente un certain nombre de faiblesses. Les chercheurs ont comparé l’alimentation de personnes atteintes d’un cancer de la prostate à celle de témoins exempts de la maladie. On parle d’étude « cas-témoins ». Toutefois, les données recueillies ne concernent que 197 cas et un nombre équivalent de témoins. « C’est peu, surtout pour une pathologie aussi fréquente » commente le Dr Martel. Les données relatives à l’alimentation des participants ont été obtenues de manière rétrospective et ne porte que sur l’année précédant le diagnostic. « C’est une période très courte, trop limitée par rapport à l’apparition de la maladie. Il aurait été intéressant d’avoir d’autres informations vérifiant des habitudes de consommation plus anciennes » souligne la spécialiste.
« Concernant la consommation de lait et de produits laitiers, ce qu’il faut retenir, c’est que leur consommation est importante pour le capital osseux. Chez les femmes il n’y a aucun souci à se faire par rapport à l’éventualité d’une augmentation de risque de cancer. Pour les hommes, il faut éventuellement les inviter à éviter l’excès, mais les données actuelles prises dans leur ensemble ne permettent pas de dire qu’il existe un risque au-delà d’une portion » conclut le Dr Martel.
*Raimondi et coll., « Prostate », édition en ligne avancée du 15 mars 2010
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Dernière mise à jour : 20-05-2010