« Nous nous étions résignés à fermer le service la journée du 26 mars. Et puis finalement, nous avons été livré ». A l’unité de médecine nucléaire de l’hôpital Louis Mourier de Colombes, on a une fois de plus frôlé le chômage technique. Responsable de cette unité et Président de l’Association des praticiens de médecine nucléaire d’Ile-de-France (APRAMEN), le Dr Frédéric Paycha fini par avoir l’habitude de gérer ces crises, récurrentes depuis deux ans. « C’est un peu comme l’an passé : en février 2009, nous avons failli devoir fermer 15 jours. Mais cette fois là aussi, nous avons été livrés ».
Quel est le problème ? Le technétium est un élément chimique (isotope) radioactif nécessaire à la réalisation de nombreux examens de médecine nucléaire, en particulier à celle de 80 % des scintigraphies. En cancérologie, la scintigraphie permet notamment de détecter précocement d’éventuelles métastases osseuses. Plusieurs centaines de milliers de scintigraphies osseuses sont pratiquées chaque année en France.
Le technétium est obtenu à partir d’un autre élément chimique, le molybdène, qui est lui-même produit dans des réacteurs nucléaires. Et le vrai problème, ce sont ces réacteurs : les sites qui produisent du molybdène sont rares et presque tous assez anciens (Voir plus bas). Les deux principaux sont en panne. « Le réacteur canadien NRU de Chalk River assurait plus de 40 % de la production mondiale. Il est à l’arrêt depuis mai dernier. Le réacteur hollandais HFR de Petten assurait 30 % de production supplémentaire, 50 % de la production pour l’Europe. Il a du être arrêté pour maintenance et réparation le 19 février. Résultat des courses, l’approvisionnement en technétium devient problématique » résume le Dr Paycha.
Quels sont les impacts de cette crise sur la prise en charge des patients ? « Pour l’instant, nous n’avons pas trop de souci parce que nous sommes capables de nous adapter à la production. A partir du moment où elle est égale à 20 ou 30 % d’une production à plein régime, et si cette pénurie ne dure pas plus de 15 jours, nous nous en sortons car nous sommes en mesure d’assurer les urgences. Les examens qui peuvent attendre sont reprogrammés à des dates ultérieures » explique le Pr. Olivier Mundler, chef du service de médecine nucléaire du CHU de la Timone (Marseille) et Président de la Société française de médecine nucléaire.
Il est toutefois nécessaire de stabiliser la production de technétium, car la médecine ne peut s’en passer : « Pratiquement aucun des examens nécessitant du technétium ne peut être remplacé par une autre technique : c’est pour cela que la médecine nucléaire existe ! Lorsque l’IRM est arrivée, on a pensé que la médecine nucléaire et les scanners allaient disparaître. Mais les renseignements qu’on obtient avec ces différentes techniques ne sont pas les mêmes » précise le Pr Mundler. « A de rares exceptions près, les méthodes de substitution ne sont que des solutions de dépannage ».
Alors que faire pour sortir de cette crise ? En premier lieu, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) a décidé de renforcer le fonctionnement du réacteur de recherche français Osiris (situé à Saclay), de manière à doubler sa production. L’objectif est répondre à environ 10 % des besoins mondiaux. En second lieu, un des fabricants de technétium vient de passer un accord avec l’Institut pour l’énergie atomique de Pologne : le réacteur de recherche Maria (près de Varsovie) va démarrer la production de molybdène. « Mais pour voir le bout du tunnel, il faudra attendre 2014 ou 2015, avec la mise en service du site de Cadarache. Dans le cadre du grand emprunt, plusieurs centaines de millions d’euros ont été prévus pour que ce réacteur produise du technétium. Il devrait répondre à 50 % de la production européenne » conclut le Pr Mundler.
A l’arrêt :
En production :
En production (démarrage, petites quantités à l’export) :
En construction / projet :
Centre Jean Perrin/Clermont-Ferrand/CNRI/PHANIE
Dernière mise à jour : 13-04-2010