L'ARC : L’oncogériatrie est une discipline relativement nouvelle : pourquoi cette discipline s’est-elle développée ? Pr. Olivier Saint-Jean (O. S-J) : Il y a une réalité épidémiologique : la population vieillit. L’âge étant un facteur de risque de cancer, nous sommes amenés à prendre en charge de plus en plus de personnes âgées atteintes de cette maladie. Aujourd’hui, les personnes de 75, voire de 80 ans et plus sont en bien meilleure santé qu’autrefois. Soigner ces malades très âgés est d’autant plus pertinent lorsqu’ils sont par ailleurs en forme et en bonne autonomie, … et désireux d’être soignés.
L’émergence de cette nouvelle discipline a été possible grâce à deux mécanismes déterminants : le développement d’équipes pionnières puis la politique audacieuse du Plan Cancer. C’est ainsi que depuis 2005, 15 Unités pilotes de coordination en oncogériatrie (UPCOG) ont vu le jour. Ces unités ont des missions de soins, d’enseignement et de recherche.
O. S-J : C’est l’union de compétences. Vu la complexité de la prise en charge de ces patients âgés, celle-ci doit se faire en concertation entre les oncologues et les gériatres. Face à une personne âgée atteinte d’un cancer, l’oncologue met en place un plan de prise en charge du cancer (chimiothérapie, radiothérapie, chirurgicale, etc.) Celui-ci est associé à un plan de prise en charge gériatrique prenant en compte les facteurs de fragilité et de mauvais pronostic du malade âgé : signes dépressifs, dénutrition, autres pathologies, déclin intellectuel ou difficultés d’autonomie. Dans le dialogue établi entre les deux spécialistes, il y a des aspects techniques (choix de la chimiothérapie compte tenu de l’âge du patient, de ses comorbidités, et les risques encourus) et éthiques (quelles sont les attentes du malade, est-ce raisonnable en termes de gain d’espérance de vie, de qualité de survie pour le patient ?).
O. S-J : La cancérologie fait des progrès tous les jours. Un premier enjeu est de déterminer dans quelles conditions, pour quelles doses, et selon quels modes d’administration ces nouvelles thérapeutiques peuvent être utilisées en oncogériatrie. Aujourd’hui, les essais cliniques qui intègrent des personnes de plus de 70 ans sont rarissimes. L’objectif est donc de mener davantage d’essais pour transférer les connaissances que nous avons des sujets jeunes vers les sujets âgés.
Un second enjeu est de permettre à tous les patients âgés de bénéficier des nouvelles structures de prise en charge en oncogériatrie. L’objectif serait de développer un outil qui indiquerait si tel patient de 70, 75, 80 ans a besoin d’une évaluation conjointe d’un oncologue et d’un gériatre. A terme, il s’agit de mettre en place les organisations nécessaires et de tendre à une équité sanitaire sur l’ensemble du territoire français. Aujourd’hui, il n’existe pas suffisamment de centres. Le développement des UPCOG est indispensable mais pas suffisant. Il faut aussi que la pratique médicale évolue. C'est-à-dire passer d’une logique de « pionniers » à une logique de soins pour tout le monde.
O. S-J : D’abord être attentif à ses besoins. Chez les malades âgés, la question de l’autonomie est importante. Il faut voir si tout fonctionne dans leur quotidien : qui s’occupe des courses, des papiers, etc ? Quelle est la place de la famille ? Il faut être attentif et rester présent tout en laissant le malade âgé décider pour lui même. En effet, on voit trop souvent des familles se prononcer sans prendre en compte l’opinion du parent âgé.
Un malade âgé est un malade comme les autres. C’est à lui de décider et d’exprimer par exemple son souhait d’entrer ou pas dans le programme de traitements. Un travail mené à Lyon a montré que le désir de prise en charge n’était pas tellement différent à 50 ans ou 80 ans. Après 80 ans c’est plus compliqué, notamment lorsque le patient présente une certaine forme de déclin intellectuel telle que la maladie d’Alzheimer. Pour l’équipe soignante, c’est un vrai sujet complexe géré au cas par cas, en équipe, en essayant d’être le plus éthique et le plus intelligent possible. Ce qui aide dans ce cas, c’est de disposer de l’avis de la personne tel qu’elle avait pu le formuler avant qu’elle soit malade. C’est toute la question des directives anticipées, que chacun peut exprimer pour la fin de sa vie si à ce stade il ne peut plus s’exprimer valablement. Il faut en parler en famille, librement quand tout va bien. Et ce dialogue n’est pas si difficile qu’on le croit communément.
Pour en savoir plus sur ce sujet, nous vous proposons de télécharger notre nouvelle brochure sur l'oncogériatrie.
A lire aussi notre dossier sur le cancer chez la personne âgée .
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Dernière mise à jour : 19-02-2009