En Europe, c’est la première cause de mortalité chez les hommes et la seconde chez les femmes. En France, il entraîne chaque année le décès de plus de 27 000 personnes. Le cancer du poumon frappe fort, mais une étude européenne indique qu’il ne frappe pas au hasard : le risque de développer une tumeur pulmonaire est presque quatre fois plus important chez les hommes des classes sociales défavorisées que chez ceux des classes les plus favorisées.
Diverses données indiquaient déjà l’existence d’une inégalité sociale dans la survenue de ce cancer. Toutefois le phénomène n’avait pas été chiffré et son origine restait à élucider. Il avait été avancé que la consommation de tabac devait être la cause de cette inégalité, mais trop peu de données concrètes permettaient d’en attester.
C’est la raison pour laquelle un groupe de scientifiques européens, parmi lesquels le français Gwenn Menvielle (unité Inserm U687, Villejuif), ont décidé de conduire une vaste étude sur le sujet.
Les chercheurs ont étudié un groupe de plus 390 000 européens, suivis pendant plus de 9 ans en moyenne. Plus de 1 600 d’entre eux (939 hommes et 692 femmes) ont développé un cancer pulmonaire au cours de l’étude.
Les données recueillies ont permis d’établir que, dans la majorité des pays européens, le risque de cancer du poumon diminue au fur et à mesure que le niveau d’éducation augmente. Le risque de cancer pulmonaire est multiplié par 3,6 chez les hommes (et par 2,4 chez les femmes) des classes sociales les plus défavorisées, par rapport aux classes sociales les plus favorisées.
Lorsque ces données sont corrigées de manière à prendre en compte les différences dans la consommation de tabac observées entre les classes sociales, l’excès de risque associé aux classes sociales défavorisées persiste (x 2,3 pour les hommes et x 1,6 pour les femmes).
« La consommation de tabac n’explique [donc] qu’une partie des inégalités sociales observées pour le cancer du poumon, il est nécessaire de déterminer quels sont les autres facteurs de risque, notamment l’exposition professionnelle à des toxiques environnementaux. » précise Gwenn Menvielle, «l’arrêt du tabac permettrait toutefois d’éviter un nombre considérable de ces cancers du poumon, à la fois dans l’ensemble de la population et parmi certains groupes sociaux. Il est donc indispensable de renforcer toutes les actions de santé publique allant dans ce sens, particulièrement au sein des classes sociales les moins aisées ».
Menvielle et coll., « Journal of the national cancer institute », édition en ligne avancée du 24 février 2009
Pour en savoir plus sur les inégalités sociales associées au cancer.
Crédit photo : Phanie
Dernière mise à jour : 26-02-2009